Après plusieurs années de forte hausse, les défaillances d’entreprises restent à un niveau particulièrement élevé en France. À fin mai 2026, la Banque de France comptabilisait 70 077 défaillances sur les douze derniers mois. Le chiffre recule légèrement par rapport au mois d’avril, mais demeure supérieur de 4,4 % à celui observé un an plus tôt et de 18,1 % à la moyenne de la période 2010-2019.
La progression est désormais moins rapide qu’en 2022, 2023 ou 2024. Elle ne peut cependant plus être expliquée uniquement par le rattrapage des défaillances évitées pendant la crise sanitaire. Ralentissement de l’activité, endettement, transformations sectorielles et forte création d’entreprises contribuent également à maintenir le nombre de procédures à un niveau historiquement haut.
Que signifie réellement une défaillance d’entreprise ?
Dans le langage courant, les termes faillite, dépôt de bilan et défaillance sont souvent employés comme des synonymes. Ils ne désignent pourtant pas toujours exactement la même situation.
Une entreprise est en cessation des paiements lorsqu’elle ne peut plus régler son passif exigible avec son actif disponible. L’ouverture d’une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire est alors comptabilisée dans les statistiques de défaillances de la Banque de France.
Une défaillance ne signifie pas nécessairement que l’entreprise cesse immédiatement son activité. Le redressement judiciaire peut permettre la poursuite de l’exploitation, le maintien de certains emplois et la mise en place d’un plan de remboursement. La liquidation intervient lorsque le redressement paraît manifestement impossible.
Il ne faut pas non plus confondre une défaillance avec une cessation volontaire. Un entrepreneur peut fermer son entreprise pour partir à la retraite, changer d’activité ou accepter un emploi salarié sans avoir rencontré de problème financier.
Plus de 70 000 défaillances sur douze mois
Le nombre de défaillances avait déjà atteint 68 602 en 2025, en progression de 3,6 % par rapport à 2024. Ce niveau dépassait de 15 % la moyenne annuelle enregistrée entre 2010 et 2019.
La hausse avait été beaucoup plus forte les années précédentes :
- près de 50 % en 2022 ;
- 36,5 % en 2023 ;
- 17,7 % en 2024 ;
- 3,6 % en 2025.
Ce ralentissement constitue un signal moins défavorable que les envolées constatées à la sortie de la crise sanitaire. Il ne signifie toutefois pas que le nombre d’entreprises en difficulté est revenu à la normale.
| Indicateur | Situation à fin mai 2026 |
| Défaillances cumulées sur douze mois | 70 077 |
| Évolution sur un an | +4,4 % |
| Écart par rapport à la moyenne 2010-2019 | +18,1 % |
| Évolution par rapport à avril 2026 | Légère baisse de 180 défaillances |
Le rattrapage après la crise sanitaire explique une partie de la hausse
Pour comprendre le niveau actuel, il faut revenir à la période 2020-2021. Pendant la crise sanitaire, les aides publiques, les prêts garantis par l’État, les reports de charges et les dispositifs de chômage partiel ont temporairement protégé de nombreuses entreprises.
Un peu plus de 31 000 défaillances avaient été enregistrées en 2020, puis seulement 27 500 en 2021. Ces chiffres étaient historiquement faibles et très éloignés de la moyenne des années précédentes.
Une partie des entreprises qui auraient normalement rencontré une défaillance pendant cette période a pu continuer son activité. Avec la disparition progressive des dispositifs exceptionnels, certaines ont finalement fait l’objet d’une procédure collective en 2022, 2023 ou 2024.
La Banque de France estime à un peu plus de 53 000 le nombre de défaillances évitées entre 2020 et 2022 par rapport au niveau de 2019. Environ 38 000 défaillances supplémentaires ont ensuite été enregistrées entre 2023 et 2025. Le rattrapage aurait donc absorbé près des trois quarts du déficit accumulé pendant la crise sanitaire.
Une explication qui ne suffit plus pour les PME
La situation diffère fortement selon la taille des entreprises. Pour les microentreprises, une partie du rattrapage post-Covid pourrait encore être en cours. Elles représentent la grande majorité des procédures et avaient particulièrement bénéficié de la baisse des défaillances pendant la pandémie.
Pour les TPE, les petites entreprises, les moyennes entreprises et les entreprises de plus grande taille, le rattrapage aurait en revanche déjà été consommé. La Banque de France estime qu’il s’est achevé en 2023 pour les TPE et les entreprises de taille intermédiaire, puis en 2024 pour les petites et moyennes entreprises.
Le niveau actuel des défaillances de PME ne peut donc plus être présenté comme une simple conséquence retardée de la crise sanitaire. Il traduit aussi des difficultés économiques et financières plus récentes.
Des entreprises défaillantes plus endettées qu’avant la crise
Les entreprises entrées en défaillance en 2025 présentaient une structure financière plus fragile que celles qui avaient connu la même situation en 2019.
Leur taux d’endettement financier médian représentait 31,2 % du bilan en 2025, contre 25 % en 2019. Dans le même temps, le taux d’endettement des entreprises restées pérennes est demeuré relativement stable, autour de 17 %.
| Situation financière médiane | 2019 | 2025 |
| Taux d’endettement des entreprises défaillantes | 25 % du bilan | 31,2 % du bilan |
| Taux d’endettement des entreprises pérennes | 16,5 % du bilan | 16,8 % du bilan |
| Évolution annuelle du chiffre d’affaires des entreprises défaillantes | -3,4 % | -7 % |
| Évolution annuelle du chiffre d’affaires des entreprises pérennes | +4 % | +2,4 % |
La différence tient donc autant au niveau de la dette qu’à la capacité de l’entreprise à maintenir son chiffre d’affaires. En 2025, les entreprises défaillantes avaient subi une baisse médiane de 7 % de leurs ventes, contre une diminution de 3,4 % pour celles qui avaient fait défaillance en 2019.
La perte d’activité est particulièrement visible dans l’industrie, la construction et les transports. Une entreprise endettée peut supporter ses échéances tant que ses ventes et ses marges se maintiennent. Une baisse rapide du carnet de commandes peut en revanche déséquilibrer sa trésorerie en quelques mois.
Les PGE ne sont pas l’unique cause des difficultés
Le remboursement des prêts garantis par l’État est régulièrement présenté comme l’une des principales causes des faillites. La réalité est plus nuancée.
Les entreprises aujourd’hui défaillantes ont plus souvent bénéficié d’un PGE que les entreprises pérennes. Cependant, le poids de ces prêts dans l’endettement total est assez proche pour les deux groupes. Selon la Banque de France, les PGE représentaient 27 % de la dette des entreprises défaillantes et 26 % de celle des entreprises pérennes.
Le PGE peut donc peser sur la trésorerie de certaines structures, mais il ne suffit pas à expliquer à lui seul le niveau national des défaillances. La baisse des ventes, la rentabilité insuffisante et l’accumulation de plusieurs dettes jouent également un rôle déterminant.
Les chocs économiques successifs ont fragilisé les entreprises
Depuis 2020, les entreprises ont dû absorber plusieurs chocs rapprochés : crise sanitaire, perturbations des approvisionnements, hausse des prix de l’énergie, inflation, évolution des habitudes de consommation et ralentissement de certains marchés.
Ces difficultés n’affectent pas toutes les activités de la même manière. Les entreprises disposent également de marges de manœuvre très différentes selon leur taille, leur niveau de trésorerie, leur capacité à augmenter leurs prix ou leur dépendance à quelques clients.
Une PME peut par exemple afficher un chiffre d’affaires encore important tout en rencontrant une crise de trésorerie. Ce risque apparaît lorsque les délais de paiement des clients s’allongent, que les fournisseurs exigent des règlements plus rapides ou que les remboursements d’emprunts absorbent une part croissante des encaissements.
La forte création d’entreprises augmente mécaniquement le nombre de défaillances
Le nombre de faillites doit également être rapproché du nombre total d’entreprises en activité. La France crée aujourd’hui beaucoup plus d’entreprises qu’avant la crise sanitaire.
Environ 1,2 million d’entreprises ont été immatriculées en 2025, dont près de 300 000 sous la forme de sociétés. Le nombre de créations de sociétés progresse en moyenne de 5,6 % par an depuis 2016.
À fin mai 2026, plus de 1,2 million de créations avaient encore été enregistrées sur douze mois, soit une augmentation de 10 % par rapport à la période précédente.
Plus le nombre d’entreprises augmente, plus le nombre potentiel de défaillances progresse. Cela ne signifie pas nécessairement que chaque entreprise individuelle présente un risque plus élevé qu’auparavant.
Les jeunes entreprises sont plus vulnérables
Les premières années d’activité constituent une période délicate. Une entreprise doit encore stabiliser sa clientèle, tester son modèle économique, financer son développement et absorber ses premières dépenses importantes.
Les analyses de la Banque de France montrent que le risque de défaillance est particulièrement élevé autour de la troisième année d’existence. L’effet d’une vague de créations ne se retrouve donc pas immédiatement dans les procédures collectives : il apparaît progressivement au cours des années suivantes.
La forte dynamique entrepreneuriale observée depuis 2016 contribue ainsi aux chiffres actuels. Cette contribution reste toutefois limitée et ne remplace pas les explications liées à la conjoncture ou à la situation financière des entreprises.
Les microentreprises représentent la majorité des défaillances
À fin mai 2026, les microentreprises et les structures dont la taille n’était pas déterminée représentaient environ 64 500 des 70 077 défaillances recensées sur douze mois.
Leur poids explique une grande partie du volume total. En revanche, la dégradation par rapport à la période précédant la crise sanitaire est souvent plus forte pour les entreprises employant plusieurs salariés.
| Taille de l’entreprise | Défaillances sur douze mois | Écart avec la moyenne 2010-2019 |
| Microentreprises et taille indéterminée | 64 488 | +15 % |
| Très petites entreprises | 3 472 | +72,7 % |
| Petites entreprises | 1 526 | +67,7 % |
| Moyennes entreprises | 524 | +59,3 % |
| ETI et grandes entreprises | 67 | +103 % |
Les pourcentages concernant les plus grandes entreprises doivent être interprétés avec prudence, car ils portent sur de faibles volumes. La défaillance d’une PME ou d’une entreprise de taille intermédiaire peut néanmoins avoir des conséquences importantes sur l’emploi, les fournisseurs et les sous-traitants.
Quels sont les secteurs les plus exposés ?
En nombre de procédures, la construction, le commerce et l’hébergement-restauration restent parmi les secteurs les plus représentés. Ils regroupent de nombreuses petites entreprises et comptent donc mécaniquement beaucoup de défaillances.
La comparaison avec la période 2010-2019 montre toutefois que les plus fortes dégradations relatives se situent ailleurs, notamment dans les transports, l’information-communication, les activités financières, l’immobilier et les services aux entreprises.
| Secteur | Défaillances sur douze mois | Écart avec la moyenne 2010-2019 |
| Construction | 14 368 | -2,2 % |
| Commerce et réparation automobile | 13 940 | +6,6 % |
| Hébergement et restauration | 9 553 | +29,5 % |
| Conseil et services aux entreprises | 8 974 | +40,7 % |
| Enseignement, santé, action sociale et services aux ménages | 7 168 | +35 % |
| Industrie | 4 443 | Niveau proche de la moyenne historique |
| Transports et entreposage | 3 227 | +69,7 % |
| Activités immobilières | 2 620 | +32,1 % |
| Information et communication | 2 127 | +43,7 % |
Ces données montrent que le niveau élevé des défaillances n’est pas concentré sur une seule activité. Les causes varient également à l’intérieur d’un même secteur.
Dans l’industrie, certaines activités intensives en énergie ont été pénalisées par la hausse des coûts et la baisse de leurs débouchés. Dans l’habillement, les commerces physiques sont confrontés à la progression de la vente en ligne et à une forte concurrence sur les prix. Dans les transports, l’évolution des coûts d’exploitation et le ralentissement de certains marchés fragilisent les entreprises les moins capitalisées.
Des liquidations encore très nombreuses et davantage d’emplois menacés
Selon l’étude Altares consacrée au premier trimestre 2026, 18 986 procédures collectives ont été ouvertes en trois mois, soit une augmentation de 6,4 % sur un an.
Parmi elles figuraient :
- 12 836 liquidations judiciaires directes ;
- 5 767 redressements judiciaires ;
- 383 procédures de sauvegarde.
Les liquidations directes restent donc majoritaires. Dans ces situations, l’entreprise arrive généralement devant le tribunal avec une trésorerie épuisée et des possibilités de redressement très limitées.
Altares estimait à 75 350 le nombre d’emplois menacés au premier trimestre 2026, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis la crise financière de 2009. Ce chiffre ne signifie pas que tous ces postes seront nécessairement supprimés, mais il illustre les conséquences plus larges des défaillances de PME employant plusieurs salariés.
La légère baisse de mai annonce-t-elle une amélioration ?
Le recul observé entre avril et mai 2026 constitue un premier signe de stabilisation. Il est principalement lié à une diminution des procédures dans la construction, les transports et les microentreprises.
Un seul mois ne permet toutefois pas de conclure à un retournement durable. Le cumul sur douze mois reste supérieur à 70 000 et continue de progresser de 4,4 % par rapport à l’année précédente.
La situation peut donc être décrite comme un plateau à un niveau très élevé plutôt que comme un véritable retour à la normale. Une baisse durable pendant plusieurs mois serait nécessaire pour confirmer une amélioration générale.
Quels signaux doivent alerter un dirigeant ?
Les difficultés apparaissent rarement en une seule fois. Plusieurs signaux peuvent indiquer qu’une entreprise se rapproche d’une situation dangereuse :
- une baisse persistante du chiffre d’affaires ou du carnet de commandes ;
- des découverts bancaires récurrents ;
- des retards dans le paiement des cotisations, des impôts ou des fournisseurs ;
- une dépendance excessive à un seul client ;
- des échéances d’emprunt devenues trop lourdes ;
- une multiplication des factures clients impayées ;
- une marge insuffisante malgré un chiffre d’affaires stable ;
- le refus d’un crédit ou la réduction d’une ligne de trésorerie ;
- l’utilisation de nouvelles dettes pour payer les échéances précédentes.
Un suivi régulier de la trésorerie prévisionnelle permet d’identifier ces problèmes avant que l’entreprise ne soit en cessation des paiements.
Agir avant la cessation des paiements
Plus les difficultés sont traitées tôt, plus le dirigeant dispose de solutions. Il peut commencer par échanger avec son expert-comptable, sa banque, ses principaux créanciers et les organismes sociaux ou fiscaux concernés.
Plusieurs dispositifs peuvent ensuite être mobilisés :
- la demande d’un délai de paiement auprès de l’Urssaf ;
- la saisine de la commission des chefs de services financiers pour les dettes fiscales et sociales ;
- la Médiation du crédit en cas de refus de financement ou de suppression d’un découvert ;
- le mandat ad hoc pour négocier confidentiellement avec les créanciers avant la cessation des paiements ;
- la conciliation lorsque l’entreprise n’est pas en cessation des paiements depuis plus de 45 jours ;
- la sauvegarde lorsque les difficultés ne peuvent plus être surmontées mais que la cessation des paiements n’est pas encore constatée.
Lorsque l’entreprise est déjà en cessation des paiements, le dirigeant doit en principe effectuer une déclaration auprès du tribunal dans un délai maximal de 45 jours, sauf lorsqu’une procédure de conciliation est en cours.
Un niveau élevé qui résulte de plusieurs phénomènes
Le nombre actuel de défaillances ne peut pas être attribué à une cause unique. Il résulte de la combinaison de plusieurs phénomènes : normalisation après les aides exceptionnelles du Covid, ralentissement de l’activité, endettement plus important des entreprises fragiles, transformations sectorielles et augmentation du nombre d’entreprises créées.
La progression ralentit et quelques secteurs commencent à se stabiliser. Toutefois, les difficultés observées chez les TPE et les PME dépassent désormais le simple rattrapage post-Covid. Le niveau des procédures reste nettement supérieur à celui de la décennie précédant la crise sanitaire.
Pour les dirigeants, l’enjeu principal consiste donc à ne pas attendre l’épuisement complet de la trésorerie. Les procédures préventives, les médiations et les demandes de délais sont généralement plus efficaces lorsqu’elles sont engagées avant que l’entreprise ne puisse plus régler ses dettes exigibles.
