Au moment de la création d’une entreprise, l’entrepreneur doit déclarer la nature de l’activité réellement exercée. Cette qualification n’est pas un simple libellé : elle intervient dans le rattachement fiscal des bénéfices, certaines règles sociales, les formalités d’immatriculation, les obligations professionnelles et, lorsqu’il y a des salariés, la recherche de la convention collective applicable.
L’administration distingue principalement les activités commerciales, artisanales, libérales et agricoles. La notion d’activité industrielle reste utilisée pour caractériser une activité de production exercée à une échelle et avec une organisation industrielles, mais elle ne correspond pas aujourd’hui à une filière d’immatriculation autonome. Elle peut notamment constituer le développement d’une activité initialement artisanale.
Activité entreprise : les différentes natures d’activité professionnelle
Les activités artisanales
Une activité artisanale repose sur un travail de production, transformation, réparation ou prestation de services relevant de l’artisanat. Les métiers concernés figurent sur une liste réglementaire : ce n’est donc pas la Chambre de métiers et de l’artisanat qui décide au cas par cas si une profession est artisanale.
Les métiers de l’artisanat sont regroupés en quatre grandes familles : alimentation, bâtiment, fabrication ou production, et services. On y trouve notamment les maçons, peintres, plombiers, serruriers, coiffeurs, boulangers, réparateurs ou encore certains métiers de fabrication. Pour les activités artisanales réglementées, une qualification professionnelle ou une expérience répondant aux exigences applicables au métier peut être nécessaire.
L’utilisation de machines n’exclut pas le caractère artisanal. Le critère ne consiste donc pas à opposer systématiquement travail manuel et équipement mécanique : la nature de l’activité, son organisation et son importance doivent être examinées ensemble.
Les activités commerciales
Une activité commerciale comprend notamment l’achat de biens ou de marchandises en vue de leur revente dans un but lucratif, sans qu’une transformation soit nécessaire. Un détaillant, un grossiste ou un commerçant en ligne entre généralement dans cette catégorie.
Le commerce ne se limite pas à l’achat-revente. Certaines prestations de services sont également commerciales, notamment dans l’hôtellerie, la restauration, les transports, la location de matériel, les spectacles ou l’intermédiation immobilière. Une activité commerciale peut par ailleurs être réglementée : l’agent immobilier, par exemple, doit respecter des conditions propres à sa profession.
Les activités industrielles
Une activité industrielle consiste à produire ou transformer des biens avec une organisation dans laquelle les moyens techniques, les équipements, les processus de production et les capitaux occupent une place importante. L’agroalimentaire industriel, la construction automobile, la sidérurgie, la métallurgie ou l’industrie minière en sont des exemples.
La présence d’une machine ou d’un équipement automatisé ne suffit toutefois pas à transformer une activité artisanale en activité industrielle. L’administration décrit notamment l’activité industrielle comme le développement important d’une activité artisanale. Une entreprise de fabrication peut ainsi évoluer d’une organisation artisanale vers une organisation industrielle avec l’augmentation de sa taille et de ses moyens de production.
La manutention et le stockage, parfois associés à l’industrie parce qu’ils interviennent dans les chaînes de production, ne sont pas industriels par nature : lorsqu’ils constituent eux-mêmes la prestation vendue, ils relèvent généralement d’une activité de services.
Les activités libérales
Une activité libérale consiste principalement à fournir une prestation intellectuelle, technique ou de soins de manière indépendante. Les professions libérales se divisent entre professions réglementées et professions non réglementées.
Une profession libérale réglementée est soumise à des règles particulières d’accès et d’exercice, qui peuvent comprendre un diplôme, une inscription auprès d’un ordre ou d’un organisme professionnel et le respect d’une déontologie. Les avocats, architectes, médecins, pharmaciens, experts-comptables et commissaires aux comptes en sont des exemples. Les anciens huissiers de justice exercent désormais dans la profession de commissaire de justice.
Les professions libérales non réglementées ne disposent pas d’une liste officielle exhaustive. Le conseil, certaines activités de formation, la traduction ou certaines prestations intellectuelles indépendantes peuvent notamment relever des bénéfices non commerciaux lorsqu’elles ne présentent pas les caractéristiques d’une activité commerciale, artisanale ou agricole.
Les activités agricoles
Une activité est agricole lorsqu’elle dépend du cycle biologique végétal ou animal dans le cadre d’une exploitation ou d’une production. L’élevage et les cultures en constituent les exemples les plus évidents, mais certaines activités qui prolongent directement l’exploitation sont également agricoles.
La transformation et la vente directe des produits de l’exploitation peuvent conserver cette nature. Il en va de même de certaines activités de tourisme à la ferme lorsqu’elles ont l’exploitation agricole pour support. La préparation et l’entraînement de chevaux et poneys domestiques en vue de leur exploitation relèvent également de l’activité agricole, alors que la pension de chevaux ou leur utilisation pour des spectacles peut relever d’une activité commerciale.
La production et la commercialisation de biogaz, d’électricité et de chaleur par méthanisation peuvent également être agricoles lorsque plus de 50 % des matières utilisées proviennent d’exploitations agricoles. Cette règle ne permet donc pas de qualifier automatiquement d’agricole toute production d’énergie réalisée sur une exploitation.
Comment déterminer la nature de l’activité d’une entreprise ?
La nature de l’activité se détermine à partir de ce que l’entreprise réalise effectivement et facture à ses clients, et non à partir de la forme juridique choisie. Une SARL ou une SAS peut ainsi exercer une activité commerciale, artisanale, libérale ou agricole lorsque les règles propres à la profession le permettent.
Pour qualifier l’activité d’une entreprise, il faut identifier l’opération qui génère le revenu :
- acheter puis revendre des biens oriente vers une activité commerciale ;
- fabriquer, transformer, réparer ou fournir un service figurant parmi les métiers de l’artisanat oriente vers une activité artisanale ;
- fournir principalement une prestation intellectuelle, technique ou de soins peut relever d’une activité libérale ;
- exploiter un cycle biologique animal ou végétal, ou exercer certaines activités directement liées à cette exploitation, relève de l’agriculture ;
- organiser une production à grande échelle avec des moyens techniques et industriels importants peut conduire à qualifier l’activité d’industrielle.
Il faut également vérifier si l’activité professionnelle est réglementée. Deux entreprises fournissant des prestations peuvent avoir des contraintes très différentes si l’une exerce une profession réglementée et l’autre une activité libre.
Tableau comparatif des natures d’activité
| Nature | Immatriculation et interlocuteur | Régime social du dirigeant | Exemples de métiers ou d’activités |
|---|---|---|---|
| Artisanale | Formalité sur le guichet unique des entreprises ; inscription au RNE. La CMA reste l’interlocuteur professionnel des artisans. Une inscription au RCS peut également exister selon la forme de la société ou en présence d’une activité commerciale. | En entreprise individuelle ou micro-entreprise : travailleur indépendant. En société : dépend de la forme et du mandat du dirigeant. | Maçon, peintre, coiffeur, serrurier, boulanger, réparateur |
| Commerciale | Formalité sur le guichet unique ; inscription au RNE et au RCS. La CCI accompagne les commerçants. | En entreprise individuelle ou micro-entreprise : travailleur indépendant. En société : dépend notamment de la forme juridique et de la position du dirigeant. | Commerçant, restaurateur, hôtelier, loueur de matériel, agent immobilier |
| Industrielle | Pas de registre industriel autonome. Formalité sur le guichet unique et inscription au RNE ; le RCS s’applique notamment aux entreprises commerciales concernées. | Dépend principalement du mode d’exercice et de la forme juridique, comme pour les autres activités non agricoles. | Industrie automobile, agroalimentaire, sidérurgie, métallurgie |
| Libérale | Formalité sur le guichet unique ; inscription au RNE. L’Urssaf est un interlocuteur des professionnels libéraux. Une profession réglementée peut aussi imposer une inscription auprès d’un ordre ou d’un organisme professionnel. | Professionnel indépendant en entreprise individuelle ; règles variables en société. Certaines professions disposent de règles spécifiques de retraite ou de protection sociale. | Avocat, architecte, médecin, consultant, expert-comptable |
| Agricole | Formalité sur le guichet unique ; inscription au RNE. La chambre d’agriculture et la MSA sont des interlocuteurs du secteur agricole. | Le chef d’exploitation ou d’entreprise remplissant les conditions d’affiliation relève du régime agricole géré par la MSA. La situation d’un dirigeant de société dépend aussi de son statut. | Agriculteur, éleveur, viticulteur, maraîcher |
Quelle nature d’activité choisir pour une entreprise de prestation de services ?
Une entreprise de services ne relève pas automatiquement d’une activité libérale. La catégorie dépend du service réellement fourni. Une prestation peut être commerciale, artisanale ou libérale.
- Les agents immobiliers, certains courtiers, les agences de voyages, l’hôtellerie ou certaines activités de transport fournissent des services de nature commerciale.
- La serrurerie, la coiffure, le déménagement, l’entretien ou la réparation peuvent relever de l’artisanat.
- Les diététiciens, experts-comptables, chirurgiens-dentistes et de nombreuses professions de conseil ou prestations intellectuelles relèvent d’activités libérales, avec des règles différentes selon que la profession est réglementée ou non.
Le terme « prestation de services » utilisé en fiscalité ou pour les seuils de la micro-entreprise ne suffit donc pas à déterminer la nature juridique de l’activité entreprise.
Que se passe-t-il lorsqu’une entreprise exerce une activité mixte ?
Une entreprise peut cumuler plusieurs activités de natures différentes. Un vendeur de vélos qui ouvre un atelier de réparation exerce par exemple une activité commerciale pour les ventes et une activité artisanale pour les réparations. Un artisan qui fabrique des produits et revend parallèlement des marchandises achetées à des fournisseurs peut également exercer une activité mixte.
Lors de la déclaration, l’entrepreneur distingue l’activité principale de l’activité secondaire. Pour une société, les activités exercées doivent également être compatibles avec son objet social ; l’ajout ultérieur d’une activité peut imposer une modification de celui-ci et une formalité sur le guichet unique.
En micro-entreprise, une activité mixte associant ventes et prestations de services est possible. Pour la période 2026-2028, le chiffre d’affaires annuel global relevant des catégories concernées ne doit pas dépasser 203 100 € et la part correspondant aux prestations de services ne doit pas dépasser 83 600 €. Les recettes correspondant à chaque catégorie doivent être identifiables, notamment parce que les règles fiscales et les taux de cotisations micro-sociales peuvent différer.
Quel est le lien entre la nature de l’activité, le code APE et la nomenclature NAF ?
Le code APE, parfois appelé code NAF, est attribué par l’Insee en fonction de l’activité principale déclarée et réellement exercée. Il comporte quatre chiffres et une lettre et renvoie à une rubrique de la Nomenclature d’activités française.
Une entreprise exerçant plusieurs activités ne reçoit pas un code APE pour chacune d’elles : l’activité principale détermine le code de l’entreprise, même si un établissement peut disposer de son propre code. En 2026, la NAF rév. 2 issue de la nomenclature de 2008 reste la référence pour les démarches. La NAF 2025 deviendra la nomenclature de référence pour l’attribution des codes APE à compter du 1er janvier 2027.
Le code APE est utilisé à des fins statistiques et n’a pas de valeur juridique pour définir l’activité exercée. Il constitue notamment un indice pour rechercher une convention collective, mais il ne suffit pas à prouver qu’une convention s’applique. Une erreur de code APE ne transforme donc pas, à elle seule, une activité artisanale en activité commerciale ou inversement.
Les conséquences du choix de la nature de l’activité
Pour une entreprise imposée à l’impôt sur le revenu, la catégorie de l’activité intervient dans la qualification du bénéfice : les activités commerciales, industrielles et artisanales relèvent généralement des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), les activités libérales des bénéfices non commerciaux (BNC) et les activités agricoles des bénéfices agricoles (BA). Cette distinction ne signifie pas que la nature de l’activité fixe à elle seule le taux d’imposition : une société soumise à l’impôt sur les sociétés relève par exemple de l’IS.
Le statut social du dirigeant ne dépend pas uniquement du métier. Pour les activités non agricoles, un entrepreneur individuel relève du régime des travailleurs indépendants, tandis qu’un président de SAS rémunéré est assimilé salarié et qu’un gérant majoritaire de SARL relève du régime des travailleurs indépendants. Dans le secteur agricole, la MSA gère la protection sociale des chefs d’exploitation ou d’entreprise agricole qui remplissent les conditions d’affiliation. Certaines professions libérales conservent en outre des règles particulières, notamment en matière de retraite.
Les anciens centres de formalités des entreprises ne sont plus le point de dépôt des créations. Depuis 2023, les créations, modifications et cessations passent par le guichet unique des formalités des entreprises. L’entreprise est inscrite au Registre national des entreprises, avec une inscription au RCS lorsque celle-ci est requise. Les CCI, CMA, chambres d’agriculture et l’Urssaf conservent toutefois un rôle d’information ou d’accompagnement selon l’activité. Le choix de l’activité reste distinct du choix du siège et de la domiciliation d’entreprise.
Convention collective
Lorsqu’une entreprise emploie des salariés, la convention collective applicable est déterminée par l’activité principale réellement exercée par l’employeur. Le code APE facilite la recherche, mais n’établit qu’une présomption. Cette distinction est particulièrement importante en cas d’activité mixte.
TVA
La nature de l’activité intervient dans certaines règles de TVA, mais elle ne suffit pas à déterminer le taux applicable : le taux dépend avant tout de l’opération, du bien ou du service vendu. Elle intervient également dans les seuils de franchise en base. En 2026, les seuils de base sont notamment de 85 000 € pour les activités de commerce, restauration et hébergement concernées et de 37 500 € pour les prestations de services, avec des seuils majorés respectifs de 93 500 € et 41 250 €.
Obligations comptables
Les obligations comptables découlent à la fois de la nature de l’activité, du régime d’imposition et de la forme de l’entreprise. Les entreprises relevant des BIC ou des BA au réel peuvent notamment relever d’un régime réel simplifié ou normal, tandis que les professionnels relevant des BNC au réel utilisent la déclaration contrôlée. Le régime micro prévoit des obligations comptables allégées, sans pour autant dispenser l’entrepreneur de suivre ses recettes et, lorsque cela est requis, ses achats.
Assurances professionnelles
Certaines activités rendent une assurance obligatoire indépendamment de la forme de l’entreprise. Les professionnels du bâtiment soumis à cette obligation doivent notamment disposer d’une assurance de responsabilité décennale avant les travaux concernés. Certaines professions réglementées du droit ou de la santé doivent souscrire une responsabilité civile professionnelle. Un véhicule utilisé dans le cadre de l’activité doit également être couvert conformément aux obligations d’assurance applicables.
La nature de l’activité pour les autoentrepreneurs
Le terme autoentrepreneur désigne aujourd’hui le micro-entrepreneur. Contrairement à ce que pouvait laisser entendre l’ancienne distinction entre « vente » et « services », un micro-entrepreneur peut exercer une activité commerciale, artisanale ou libérale. L’activité agricole relevant du régime agricole n’est en revanche pas accessible sous le régime de la micro-entreprise.
Les activités se répartissent principalement entre deux plafonds de chiffre d’affaires pour la période 2026-2028 :
- vente de marchandises, denrées à emporter ou à consommer sur place et certaines fournitures de logement : 203 100 € de chiffre d’affaires annuel ;
- prestations de services relevant des BIC et activités libérales relevant des BNC : 83 600 € de chiffre d’affaires annuel.
Une règle particulière s’applique notamment à la location directe ou indirecte de meublés de tourisme non classés, hors chambres d’hôtes : le seuil du régime micro est de 15 000 €. Ces plafonds de régime micro ne doivent pas être confondus avec les seuils de franchise en base de TVA, qui sont distincts.
Questions fréquentes sur la nature de l’activité
Comment déterminer la nature de son activité professionnelle ?
Il faut décrire précisément l’opération qui sera réellement facturée : achat-revente, fabrication ou réparation, prestation intellectuelle ou technique, activité liée à un cycle biologique agricole, ou combinaison de plusieurs activités. Pour un métier réglementé, il faut également vérifier la qualification exigée et l’éventuelle inscription auprès d’un ordre ou d’un organisme professionnel.
Quelle différence entre activité commerciale et activité artisanale ?
L’activité commerciale comprend notamment l’achat de biens pour les revendre et certaines prestations de services. L’activité artisanale repose sur une activité de production, transformation, réparation ou service figurant parmi les métiers de l’artisanat. Une même entreprise peut cumuler les deux, par exemple lorsqu’elle vend des produits et assure elle-même leur réparation.
Peut-on exercer une activité mixte ?
Oui. Une entreprise individuelle ou une société peut exercer plusieurs activités lorsque celles-ci sont autorisées et correctement déclarées. Il faut identifier une activité principale et les activités secondaires ; en société, l’objet social doit permettre leur exercice. Des règles particulières de seuils et de répartition du chiffre d’affaires s’appliquent au micro-entrepreneur.
Le code APE définit-il la nature de l’activité ?
Non. Le code APE est attribué par l’Insee pour identifier statistiquement l’activité principale exercée. Il n’a pas de valeur juridique et ne constitue pas une preuve suffisante de la nature réelle de l’activité ou de la convention collective applicable.
